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Testament spirituel de Fakhr al-Dīn al-Rāzī
Testament spirituel et intellectuel de Fakhr al-Dīn al-Rāzī
Texte de l'imam sans pareil, l'étoile de Ahl As-Sunnah, Fakhr al-Dīn Muḥammad ibn ʿUmar al-Rāzī, rédigé sous ses ordres à la fin de sa vie. Il contient une profession de foi, une réflexion sur les limites de la spéculation théologique et philosophique, ainsi que ses dernières recommandations et invocations.
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Le serviteur qui espère la miséricorde de son Seigneur et qui a confiance en la générosité de son Maître, Muḥammad ibn ʿUmar ibn al-Ḥusayn al-Rāzī, dit ceci alors qu’il est à la fin de son séjour en ce monde et au commencement de son séjour dans l’Au-delà, en cet instant où tout cœur dur s’attendrit et où tout fugitif se tourne vers son Maître :
Je loue Allah, Exalté soit-Il, par les louanges que les plus nobles de Ses anges ont prononcées dans les moments les plus éminents de leurs ascensions, et qu’ont exprimées les plus grands de Ses prophètes dans les instants les plus parfaits de leurs contemplations. Mieux encore, je dis que tout cela relève des conséquences de la contingence et de la création ; aussi Le loué-je par les louanges que mérite Sa divinité et qu’exige la perfection de Sa grâce, que je les connaisse ou non, car il n’existe aucune proportion entre la poussière et la majesté du Seigneur des seigneurs.
Je prie sur les anges rapprochés, les prophètes envoyés et tous les serviteurs vertueux d’Allah.
Puis je dis :
Sachez, mes frères en religion et mes compagnons dans la quête de la certitude, que les gens disent : lorsque l’être humain meurt, tout lien entre lui et les créatures est rompu. Or cette règle générale connaît deux exceptions.
La première est que, lorsqu’il laisse derrière lui une œuvre pieuse qui subsiste, celle-ci devient une cause de supplication en sa faveur, et la supplication possède auprès d’Allah un effet reconnu.
La seconde concerne les intérêts des enfants, de la descendance, des personnes placées sous sa responsabilité, ainsi que l’acquittement des droits, des injustices et des préjudices.
Quant au premier point, sachez que j’ai été un homme épris de science. J’écrivais sur toute chose et je consignais quelque réflexion sur tout sujet sans m’arrêter à sa quantité ni à sa qualité, qu’il s’agît de vérité ou d’erreur, de choses médiocres ou excellentes.
Toutefois, ce que mes recherches dans les ouvrages dignes de confiance m’ont conduit à reconnaître est que ce monde sensible est placé sous l’administration d’un Ordonnateur transcendant, exempt de toute ressemblance avec les êtres occupant l’espace et avec les réalités soumises aux finalités et aux besoins, et qualifié par la perfection de la puissance, de la science et de la miséricorde.
J’ai éprouvé les voies du kalām et les méthodes de la philosophie ; je n’y ai trouvé aucun bénéfice comparable à celui que j’ai trouvé dans le Noble Coran. Celui-ci s’efforce de consacrer intégralement à Allah la grandeur et la majesté, et il interdit de s’enfoncer dans les subtilités des objections, des oppositions et des contradictions.
Il n’en est ainsi que parce que la connaissance véritable réside dans le fait que les intellects humains se dissolvent et s’anéantissent dans ces passages étroits et ces voies cachées.
C’est pourquoi je dis : tout ce qui a été établi par les preuves manifestes concernant la nécessité de Son existence, Son unicité et Sa transcendance à l’égard de tout associé dans l’antériorité, l’éternité, la gouvernance et l’efficacité, voilà ce que je professe et avec quoi je rencontrerai Allah, Exalté soit-Il.
Quant aux questions qui aboutissent à la subtilité extrême et à l’obscurité, tout ce qui est rapporté à leur sujet dans le Coran et dans les traditions authentiques unanimement reçues par les imams faisant autorité selon un même sens, je l’accepte tel quel.
Pour ce qui ne relève pas de cette catégorie, je dis :
Ô Dieu des mondes ! Je vois les créatures unanimes à reconnaître que Tu es le plus généreux des généreux et le plus miséricordieux des miséricordieux. Je Te remets donc tout ce qui a été tracé par ma plume ou traversé mon esprit.
Je prends Ta science à témoin et je dis : si Tu sais de moi que j’ai voulu établir le faux ou abolir le vrai, alors traite-moi selon ce que je mérite. Mais si Tu sais de moi que je n’ai cherché qu’à affermir ce que je croyais être la vérité et que j’imaginais être la justesse, alors que Ta miséricorde accompagne mon intention plutôt que mon résultat.
Tel est l’effort de l’homme démuni ; et Tu es trop généreux pour accabler le faible tombé dans l’erreur.
Porte-moi secours, fais-moi miséricorde, couvre mes fautes et efface mes péchés, ô Toi dont la royauté n’est pas augmentée par la connaissance des connaissants et n’est pas diminuée par les fautes des pécheurs.
Je déclare que ma religion est le suivi de Muḥammad, le maître des envoyés, que mon Livre est le Noble Coran et que c’est sur eux deux que repose mon appui dans la recherche de la religion.
Ô Allah ! Toi qui entends les voix, réponds aux invocations, pardonnes les faux pas, fais miséricorde aux larmes, et maintiens l’existence des êtres créés et des réalités contingentes !
J’ai toujours entretenu à Ton égard une bonne opinion et nourri un immense espoir dans Ta miséricorde.
Tu as dit : « Je suis selon l’opinion que Mon serviteur se fait de Moi. »
Tu as dit : « Qui donc répond à l’affligé lorsqu’il L’invoque ? »
Et Tu as dit : « Lorsque Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, alors Je suis proche. »
Supposons même que je ne sois venu avec aucune œuvre : Tu es le Riche, le Généreux, tandis que je suis le pauvre nécessiteux.
Je sais que je n’ai d’autre recours que Toi et que je ne trouve aucun bienfaiteur en dehors de Toi.
Je reconnais mes fautes, mes insuffisances, mes défauts et mes négligences.
Ne déçois donc pas mon espérance, ne rejette pas mon invocation, et fais que je sois à l’abri de Ton châtiment avant la mort, au moment de la mort et après la mort.
Facilite pour moi les affres de l’agonie, allège pour moi la descente de la mort, et ne me mets pas dans l’étroitesse par les douleurs et les maladies.
Tu es certes le plus miséricordieux des miséricordieux.
Quant aux ouvrages scientifiques que j’ai composés et aux nombreuses objections que j’y ai formulées à l’encontre des anciens, celui qui consultera l’un de ces écrits et trouvera ces questions pertinentes, qu’il se souvienne de moi dans ses pieuses invocations par faveur et bienveillance.
Et s’il en est autrement, qu’il efface les paroles mauvaises, car je n’ai voulu que multiplier la recherche et aiguiser la réflexion, plaçant ma confiance en Allah, Exalté soit-Il.
Quant au second point important, à savoir la gestion des affaires des enfants et des personnes placées sous ma responsabilité, je m’en remets à Allah, Exalté soit-Il, puis au représentant d’Allah, Muḥammad.
Ô Allah ! Fais de lui le compagnon de Muḥammad le plus éminent dans la religion et dans l’élévation.
Cependant, le souverain suprême ne peut se consacrer personnellement aux affaires particulières des enfants ; j’ai donc jugé préférable de confier la tutelle de mes enfants à untel. Je lui ai recommandé la crainte d’Allah, car Allah est avec ceux qui Le craignent et avec ceux qui excellent dans le bien.
Puis il poursuivit son testament jusqu’à son terme et déclara :
Je lui recommande encore, et je lui recommande encore, et je lui recommande encore, de consacrer tous ses efforts à l’éducation de mon fils Abū Bakr, car les signes de l’intelligence et de la perspicacité apparaissent clairement en lui. Peut-être Allah le conduira-t-Il vers un grand bien.
J’ai ordonné à cet homme, ainsi qu’à tous mes disciples et à toute personne envers laquelle j’ai un droit, que lorsqu’arrivera ma mort ils s’emploient avec soin à la dissimuler et n’en informent personne.
Qu’ils me lavent, m’enveloppent et m’ensevelissent conformément aux prescriptions de la Loi religieuse.
Qu’ils me transportent vers la montagne voisine du village de Mazdakhān et qu’ils m’y enterrent.
Lorsqu’ils m’auront placé dans la tombe, qu’ils récitent auprès de moi ce qu’ils pourront du Coran.
Puis, lorsqu’ils auront répandu la terre sur moi et achevé l’ensevelissement, qu’ils disent :
« Ô Généreux, voici venu à Toi le pauvre nécessiteux ; traite-le avec bienveillance. »
Telle est la fin de mon testament sur ce sujet.
Allah réalise ce qu’Il veut, Il est puissant sur toute chose qu’Il veut, et Il est digne de toute bienfaisance.